Faut-il bannir les emojis des échanges professionnels ? La question refait surface à la lumière d’une étude menée par Erin L. Courtice, aux côtés de Megan Lawrence, Charles A. Collin et Isabelle Boutet. Les chercheurs ont soumis 243 participants à des messages professionnels simulés, en variant le ton, le type d’emoji et le genre de l’expéditeur.
Premier constat : les messages sans emoji sont globalement mieux perçus. Les participants jugent leurs auteurs plus compétents et plus professionnels. Toutefois, les conclusions sont plus nuancées que l’idée largement relayée d’un rejet total des emojis en entreprise.
L’étude montre qu’un emoji souriant peut légèrement améliorer la perception d’un message positif ou neutre. Mais cet effet reste limité, sans réel avantage par rapport à un message sans emoji. En revanche, lorsqu’il accompagne un message négatif, le décalage perçu peut nuire à la crédibilité de l’expéditeur, donnant une impression de manque de sincérité.
Les chercheurs soulignent également que les emojis positifs n’adoucissent pas les critiques ni les mauvaises nouvelles. Au contraire, ils peuvent être interprétés comme une forme d’hypocrisie ou de maladresse dans le contexte professionnel.
Autre élément important : l’étude s’est volontairement limitée à deux emojis un visage souriant et un visage en colère afin de réduire les ambiguïtés d’interprétation. Or, dans la réalité, les échanges sur des plateformes comme Slack ou Microsoft Teams mobilisent une palette beaucoup plus large de symboles, dont les significations varient fortement selon les contextes.
Les résultats révèlent aussi des différences de perception selon le genre. Les messages négatifs accompagnés d’emojis envoyés par des femmes ont été jugés plus sévèrement par d’autres femmes que ceux envoyés par des hommes. Ce biais concerne davantage le caractère jugé approprié du message que la compétence réelle de l’expéditeur.
Enfin, les auteurs insistent sur les limites de leur étude : elle mesure des perceptions et non des impacts concrets sur la performance ou les relations professionnelles. Des facteurs comme la culture, l’âge ou le secteur d’activité influencent également la manière dont les emojis sont interprétés.
Pour Erin L. Courtice, de nouvelles recherches seront nécessaires afin d’évaluer l’effet réel des emojis dans des situations de travail concrètes, notamment sur la cohésion d’équipe et la gestion des conflits.


